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Avocat et Co-Working est-ce compatible ?

Fini les moulures au plafond et les dorures aux murs des quartiers chics ? Aujourd’hui, même si c’est encore souvent de façon clandestine, l’avocat investi les co-working, espace initialement destiné aux startups innovantes. Avantages et limites ? Co-working interprofessionnels ou réservés exclusivement aux avocats ? : Voici, Chers Confrères, tout ce que vous devez savoir…

1- Pourquoi s’installer dans un espace de co-working  lorsqu’on est avocat ?   

Pas de surprise, le premier avantage c’est le coût.  

Trouver un bureau individuel de 15m2 à sous louer dans un cabinet d’avocats parisien pour moins de 1400 euros HT par mois ? C’est mission impossible. De manière générale, louer directement ses propres bureaux, c’est le parcours du combattant. En plus du prix, il faut penser à la recherche des locaux, à la gestion des contrats fournisseurs, à la décoration, à la gestion de la salle de réunion, à celle des sous locataires…Donc pourquoi pas le co-working, au moins dans un premier temps ? Au sein des co-working dédiés aux avocats, le coût varie en fonction des options choisies (Domiciliation, formation, secrétariat, bureau nomade, bureau fermé …). Il faut compter entre 100€ HT (simple domiciliation) et 1000€ HT (pour un poste dans un bureau fermé).

Mais aujourd’hui, nous n’avons pu recenser que 5 co-working d’avocats en France :

Celui du Barreau, dit « la pépinière », Centre d’Affaires des Avocats de Paris, à Paris 1er Plusieurs packs allant de 100 à 1200€ ht par mois en fonction des options choisies – Ce centre est éthiquement très peu attrayant et ne propose rien d’innovant.
Le très chic, Avocap, à Paris 7èmePlusieurs régimes allant de 180 à 840€ ht par mois en fonction des options choisies – prestations de qualités dans le quartier latin –
Le petit nouveau CoworkA, à Montpellier350€ ht euros pour un poste dans un bureau partagé à 3 et, 600€ ht pour un bureau fermé et 10€ de l’heure pour les « nomades »
Le plus convivial, Lawco, à Nantes Entre 250 et 290€ ht par mois en fonction de la durée de l’abonnement. Possibilité de prendre des options supplémentaires, dans la limite de 450€ ht par mois.

Un sixième devrait voir le jour à Paris. En juin dernier le Conseil de l’Ordre de Paris aurait mandaté Avocap aux fins d’ouvrir un co-working aux abords du Nouveau Tribunal Judiciaire. Il est même question que cet espace accueille gratuitement les jeunes confrères, venant de prêter serment, pour une période déterminée. A suivre donc….

Le prix des co-working interprofessionnels varient en fonction de la qualité de leurs prestations; il faut compter entre 250 euros HT et 600 euros HT (Morning co-working, we-work, deskopolitan…) pour un bureau au sein d’un espace ouvert et à partir de 800 euros HT pour un bureau fermé pour une personne.

Au delà de ces considérations matérielles, s’installer dans un espace de co-working permet de sortir de l’isolement et d’élever sa pratique,

Pour les jeunes avocats l’une des plus grandes difficultés rencontré au début de l’exercice de la profession est la solitude, échanger avec d’autre confrères sur ses dossiers peut s’avérer salvateur. Pour cette seule raison, s’installer dans un espace de co-working d’avocats est une bonne idée. S’établir dans un espace de co-working traditionnel est une démarche tout à fait différente, c’est l’occasion pour l’avocat de sortir de l’entre soi, de se rapprocher de la réalité des affaires, de s’imprégner du vocabulaire de l’entrepreneur, de ses problématiques quotidiennes et par conséquent de mieux cibler les besoins de ses clients !  Songez aussi que, plongé au cœur de l’innovation, l’avocat co-worker peut être plus enclin à moderniser sa pratique. C’est en tout cas ce que nous a confié une consœur installée dans un espace de co-working interprofessionnel parisien. Cette dernière nous a avoué avoir totalement changé sa façon d’exercer. Et ses clients ? Ils sont rassurés : « voir l’avocat dans un univers qui leur ressemble, le rend beaucoup plus accessible ». Son cabinet est désormais construit comme une véritable entreprise innovante : le marketing digital et les techniques de « growth hacking»* n’ont plus de secret pour elle.  Et enfin, il ne faut pas oublier que les autres co-worker deviennent des clients potentiels !

2 – L’avocat a donc toute sa place dans un co-working, mais…déontologiquement, ça se passe comment ?  

Comment respecter le secret professionnel dans un co-working traditionnel?

C’est là que le bât blesse. Conjuguer avocat au sein d’un co-working, interprofessionnel, et respect du secret professionnel peut paraître compliqué.  C’est pour cette raison d’ailleurs que le droit d’exercer ou non en co-working est aujourd’hui soumis à la discrétion de nos Ordres.  Or, la majorité des Barreaux que nous avons interrogés (Marseille, Montpellier, Bordeaux, Strasbourg et Paris) refusent pour l’instant que les avocats investissent les co-working interprofessionnels. Il est par ailleurs interdit pour les avocats de fixer leur domiciliation professionnelle au sein d’un co-working multidisciplinaire. Malgré cela, certains avocats ont décidé de s’affranchir de l’autorisation de leurs Ordres et garantissent qu’il est possible de respecter la déontologie si l’on applique les quelques conseils suivants : 

  • Se domicilier dans un cabinet d’avocat classique
  • Avoir un bureau fermé, 
  • Utiliser des armoires et des casiers fermés à clé, 
  • Effectuer ses rendez-vous chez ses clients ou utiliser des salles de réunions closes sans vis-à-vis vers l’extérieur,
  • Domicilier son cabinet chez un confrère dont les bureaux sont indépendants, pour y recevoir vos courriers et/ou pièces confidentielles, 
  • Utiliser les cabines fermées et insonorisée pour téléphoner à ses clients, 
  • Eviter de faire attendre ses clients en salle d’attente 
  • Installer un filtre sur son écran qui empêche vos voisins de lire derrière votre épaule.

Et pour les espaces partagés entre confrères ?

Logiquement cela devrait poser moins de difficultés puisque par définition le secret professionnel ne peut y être violé. Le seul point qui pourrait faire débat est celui du conflit d’intérêt. Cependant, Elodie Manonviller, clerc d’avocat, et membre de l’incubateur du Barreau de Montpellier, qui vient d’ouvrir un espace de co-working à Montpellier, nous a indiqué avoir été priée de respecter certaines règles par son Ordre. Pour être conforme aux préconisations du barreau de Montpellier sont projet prévoit donc :  

  • L’existence de deux salles d’attentes afin de permettre la réception de plusieurs clients en même temps ; 
  • L’installation d’une « cabine » téléphonique insonorisée pour les appels confidentiels.

Toujours est-il que les réactions des confrères, mais également des entreprises locales sur son projet, sont très positives. De nombreuses entités (société, association) lui ont déjà proposé d’organiser des actions en partenariat avec ses futurs avocats locataires et un journal local lui a offert de créer une rubrique « droit », rédigée par ses locataires.

Une bonne manière de replacer les avocats au cœur de la cité et de développer leurs activités au niveau local…

Finalement, l’avocat, libéral et indépendant, en agissant avec délicatesse et probité, ne devrait-il pas être en mesure de juger lui-même, en fonction de sa situation, s’il peut ou non exercer dans un espace de co-working ? Et  les Ordres ne devraient-ils pas simplement exercer un contrôle a posteriori en cas de non-respect avéré de nos principes déontologiques ? 

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